Aperçu historique de l' ile de la Réunion
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IntroductionChapitre 1 | Navigation entre chapitres
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Sommaire
- Apparition d'une flore et d'une faune endémique
- Découverte fortuite par un portugais
- Courant commercial entre l'extrême Orient et l'Europe
- L'Empire Romain d'Orient
- Les Turco-Mongols
- Expension Musulmane
- Prospérité des cités Italiennes
- Consolidation de la France Continentale
- Henri le Navigateur
- Partage du Monde à découvrir
- La réforme
- Création d'un Empire Hollandais aux Indes
- Initiation d'un Empire Anglais des Indes
- Enfin les Français
- Guerre de religion
- Fondation du Fort Dauphin
- Révolte des colons et déportation à Mascarin
- Retour au Fort Dauphin
- Premiers colons volontaires
- Bourbon redevient inhabitée
- Péripéties métropolitaines
- De Flacourt fait admettre son projet
Prologue
Le but poursuivi par l’Infant Enrique, Roi du Portugal, créateur en 1419 dans une ferme du promontoire de Sagres de ce qui allait devenir la Casa da India, véritable creuset des grandes découvertes européennes du XVeme Siècle, était incontestablement la conversion des indigènes de ces pays inconnus à la foi chrétienne.
Il n’est pas moins incontestable que le moteur de la fondation au XVII e Siècle des Compagnies commerciales hollandaises, anglaises et françaises était l’appât du lucre symbolisé par la richesse insolente de Venise et le moyen l’établissement d’un commerce intercontinental ne passant plus par le centre Asie
Les deux piliers de l’activité commerciale sont les marchandises et les clients. Or au milieu du XVII eme Siècle Mascarin n’avait ni habitants ni productions. C’est la raison pour laquelle, découverte par les Portugais dès 1504, elle ne fut considérée pendant un siècle et demi que comme une escale d’abord difficile mais riche en air sain, en eau pure, en gibier abondant et en bois à brûler.
Ce sont essentiellement ces avantages qui déterminèrent Colbert, sur la suggestion de Flacourt, à envoyer sur l’île et sous le commandement du parisien Etienne Regnault une vingtaine d’ Infirmiers devant s’occuper d’un hôpital de campagne ouvert fonctionnant au passage des flottes à destination de Fort Dauphin
Notre propos sera donc divisé en cinq parties
1e Partie : La longue marche du trafic commercial entre la Méditerranée et l’Extrême Orient aboutit à la création à Bourbon en 1665 d’une « Infirmerie » de la Compagnie Royale des Indes Orientales
2e Partie : Bourbon « Centre de Remise en Forme » sera abandonné par les directeurs de la Compagnie après la chute de Fort Dauphin
3e Partie : La découverte de caféiers indigènes et l’abandon de l’Ile Maurice par les Hollandais amèneront la mise en place par la Compagnie des Indes de Law du tandem des « Iles Sœurs »
4e Partie : Après la rétrocession à la France, en 1815, de la seule Ile Bourbon, se produit la reconversion à l’économie sucrière
5e Partie Départementalisation, puis Régionalisation verront le maintien de la monoculture sucrière et le développement géométrique du secteur tertiaire
Bonne lecture
1e Partie : La longue marche du trafic commercial entre la Méditerranée et l’Extrême Orient aboutit à la création à Bourbon en 1665 d’une « infirmerie » de la Compagnie Royale des Indes Orientales
Introduction
Surgie des flots du sud de l’Océan Indien il y a plus de deux millions d’années, cette île de 2.500 km 2 et de 200 klm de périmètre est formée de deux massifs volcaniques dont le plus ancien culmine à 3.069 mètres d’altitude, au Piton des Neiges et dont le second, la Fournaise, est toujours en activité. Des effondrements ont creusé dans le massif ancien trois cirques. Cette terre tropicale pose aux curieux des énigmes tant par son nom actuel que par son statut de département français. Ce sont ces énigmes que nous nous ferons un plaisir de vous aider à élucider.
Cirque de Salazie / Photo de Th. Caro
Apparition d’une flore et d’une faune endémiques
Selon un processus, qui a été mis en lumière par Thérésien Cadet, dès leur refroidissement les basaltes sont colonisés par des lichens et autres plantules qui délitent les roches et permettent l’installation ultérieure d’autres plantes dont les graines ont été apportées par les vents et courants. Au cours des siècles ces plantes se sont naturalisées, adaptées aux micro-climats, qu’un relief de plus en plus important générait. Les pluies abondantes attaquèrent les massifs et provoquèrent une érosion qui déblaya les effondrements et créa les plaines alluviales
Des oiseaux divers, des poissons et des tortues de terre, transportés par des courants aériens ou marins, proliférèrent de manière à former une faune ayant des caractéristiques propres ( solitaire, huppe de Bourbon etc )
Si bien qu’au début du 17e Siècle, plus d’un siècle après sa découverte par des portugais et encore inhabitée, un anglais de passage au mois de mars 1613 la nommait « England’s Forest » et qu’un autre navigateur hollandais, qui y séjourna trois semaines en 1619 pour rétablir la santé de ses passagers, publia en 1625 un récit enthousiaste faisant mention d’un »grand nombre d’oies, de ramiers, de perroquets gris et beaucoup d’autre gibier, avec quantité de tortues de terre ».

Deux Hollandais assis sur une tortue aux premières heures de
l'histoire humaine de La Réunion
Découverte fortuite par un portugais
Cette terre était déjà connue des navigateurs arabes puisqu’elle figure sur une carte dressée par le savant géographe sicilien Edrissi au XII e Siècle. Ornée d’un volcan actif, elle s’appelait alors Diva Morgabim. Mais seule l’archéologie pourra nous éclairer sur l’activité alors déployée par ces hardis marins, qui avaient par ailleurs découvert l’existence de la mousson et l’avantage de ce mécanisme pour aller en droiture d’Afrique en Inde et vice-versa
Ayons ici une pensée pour Sindbad le Marin des Contes des Mille et Une Nuits
Cependant il fallut attendre encore quatre siècles que le capitaine Peteira, commandant un des quinze navires faisant partie de la flotte de Tristan da Cunha, soit pris par le travers du Cap de Bonne Espérance par un puissante dépression qui entraîna sa nef, à sec de toiles et hors de son contrôle jusque dans les basses de l’archipel des Cargados Carajos au nord est de notre Ile Maurice et c’est en voulant revenir vers la Grande Ile Saint Laurent (Madagascar) qu’il se retrouva devant l’actuel Saint Denis et alla jeter l’ancre dans la baie beaucoup plus accueillante de notre Saint Paul. On était le 9 Juin,1504, jour de la Sainte Apolline, et cette nouvelle terre qui était inconnue de Peteira fut baptisés Santa Apelonya et c’est sous ce vocable qu’elle figure avec son îlot sur la carte publiée par Lopo Homem
Quelques années plus tard, elle fut à nouveau reconnue par l’Amiral Pedro de Mascarenhas. D’où une nouvelle appellation de Mascarin, faisant partie de l’Archipel des Mascareignes (Rodrigue, Maurice et Réunion)
Courant commercial entre l’Extrême Orient et l’Europe 
Pendant deux mille ans, ce trafic fut assuré à travers les steppes herbeuses du Centre Asie par des caravanes de plusieurs milliers de chameaux de Bactriane. Partant des rives du Pacifique les chameliers turco-mongols, essentiellement nomades et par ailleurs excellents cavaliers et archers drainaient les marchandises de Chine ( soie, laques), du sud de la Sibérie (Miel, Cire), de l’Inde (Cotonnades, épices), de Perse (Mousseline, encens), d’Arabie (Café)
Une partie de ce trafic empruntait la Mer Noire Et nous pouvons penser à Jason et à l’expédition des Argonautes à la recherche de la Toison d’Or
La ville de Troie, qui se trouvait à la sortie des détroits permettant l’accès à la Mer Egée ( ancien Pont Euxin), avait été enrichie par les péages perçus et c’est le Trésor de Priam qui a excité la cupidité des Grecs européens subsistant sur une terre aride et entraîné la ruine de la Cité. L’enlèvement de la Belle Hélène et le désir de venger l’honneur bafoué d’un prince n’est qu’un rideau de fumée. Hérodote a immortalisé cet épisode guerrier dans l’ »Iliade » et le retour mouvementé d’Ulysse à Ithaque dans son autre chef d’œuvre l’ »Odyssée ». Ces deux ouvrages ont permis l’hellénisation d’un Moyen Orient élargi pendant plus de 1500 ans. Notons qu’Odessa, ville russe sur la Mer Noire tient elle aussi son nom d’Ulysse.
Parallèlement les jonques chinoises, en contournant le sous-continent indien parvenaient jusqu’au Golfe Persique et à la Mer Rouge, jusqu’au moment où l’Empereur chinois décida d’interdire les expéditions lointaines. Le trajet s’achevait par caravanes et nous avons tous le souvenir de la Reine de Saba rendant visite à Salomon
Vers 340 av. J.C. Alexandre le Grand partit de Macédoine et après avoir rallié les villes grecques sous son commandement entreprit la conquête de la Perse, de la Syrie, de l’Egypte et se lança vers l’actuelle Afghanistan, puis il gagna l’Océan Indien en descendant la vallée de l‘Indus. Il utilisa ainsi pour son expédition les deux routes de la Soie terrestre et maritime.
L’Empire Romain d’Orient
Fondée au VIII e av. J.C., par Romulus et Remus, la ville de Rome transforma progressivement le basin méditerranéen en mer intérieure. Avec Jules César (assassiné aux ides de Mars 43) la Gaule et les Iles Britanniques, puis l’Egypte (avec Cléopatre) rejoignirent l’Afrique du Nord et l’Espagne dont la conquête remontait aux guerres puniques (Hannibal et Caton l’Ancien) . Octave, devenu Auguste et empereur sans le proclamer, en faisant construire son signal à La Turbie ne se doutait pas de l’importance que prendrait la naissance à Bethléem en Judée de Notre Seigneur Jesus Christ, dont les parents durent fuir en Egypte la vindicte d’un Hérode alerté par la venue des Rois Mages.
En Europe, l’Empire avait pour limites le Rhin et le Danube, dont l’embouchure se trouve dans la Mer Noire et la pression des Barbares sur les frontières se faisait de plus en plus forte. C’est pourquoi, vers 330 de notre ére l’empereur Constantin décida de fortifier l’ancienne cité grecque de Byzance, sur les détroits et de la transformer en seconde Rome, seconde capitale de l’empire romain et de lui donner son nom Constantinople
Les Turco-Mongols
De caravaniers, les turco-mongols devinrent progressivement conquérants et vers 450 Attila, roi des Huns, établi à l’embouchure du Danube, entreprit une expédition qui le mena jusqu’à Paris défendue par Sainte Geneviève. Il dévasta la Gaule, mais aux Champs Catalauniques (près de Chalons sur Marne) il fut vaincu moins par ;la coalition des rois francs que par le manque de fourrage. Invincibles au combat les cavaliers ne pouvaient rien contre les murailles et en particulier celles de Constantinople, ni contre le manque de fourrage. Ils ne purent, vers 1230 traverser le désert du Sinaï et atteindre l’Egypte
Expansion Musulmane
Fondé par Mahomet, l’Islam entreprit dès 635 une expansion fulgurante que mena les Arabes de La Mecque en Occident jusqu’à Poitiers ( 732 ) en passant par la Syrie, la Palestine, l’Egypte, l’Afrique du Nord et l’Espagne et en Orient jusqu’à Kandahar et Samarcande ( 712 ) . D’abord mercenaires les turco-mongols convertis à l’Islam se retrouvèrent d’abord vizirs, puis califes à Damas, Bagdad, Le Caire et Cordoue. Vis-à-vis des chrétiens ils se montrèrent d’abord tolérants et le calife de Bagdad Haroun Al Rachid (celui des Mille et Une Nuits) aurait donné à Charlemagne, couronné Empereur d’Occident en 800, la propriété des Lieux Saints, probablement pour faire la nique à celui de Constantinople.
La situation se dégrada par la suite et déboucha sur les huit Croisades qui se déroulèrent de 1098 à 1270. Fondé par Osman, l’empire ottoman se développa aux dépens de l’Empire Romain d’Orient en lutte constante contre les Seljoukides d’Asie Centrale, dont les célèbres Gengis Khan et Tamerlan d’une part, les califes de Bagdad d’autre part . Les murailles de Constantinople finirent par succomber en 1453 sous les coups d’un canon exceptionnel amené par Mehmet II pour les percer
Le petit fils de Genghis Khan, Kubilaï fonda en Chine la dynastie des Yuan et eut à sa cour Marco Polo le célèbre voyageur vénitien. La Horde d’Or occupa le Caucase jusqu’à son éviction par Ivan III qui régna de 1462 à 1505 . Cette élimination de Tartares permit trente ans plus tard à Ivan IV le Terrible, premier Tsar de Russie, de franchir l’Oural et d’entamer la conquête de la Sibérie
Prospérité des cités italiennes 
Depuis le Moyen Age, les cités italiennes Venise, Gènes, Pise, Sienne, Florence, grâce à leurs postes de la Mer Noire et avec l’aval de Constantinople entretenaient un commerce florissant. Venise en particulier dominait une partie de la Lombardie la rive orientale de la Mer Adriatique et l’Albanie. Jacques Cœur de Bourges vers 1450 avait développé un trafic fructueux avec le Levant
Consolidation de la France Continentale
Jacques Cœur est le contemporain de Jeanne d’Arc,puisque Charles VII monta sur le trône en 1422 et que la Sainte fut brûlée à Rouen en 1431 ; mais France et Angleterre, quoique possédant de riches façades maritimes étaient encore engluées dans la fameuse guerre de Cent Ans ( 1337 à 1453 ). Par la bataille de Castillon, Guyenne et Gascogne revinrent à la France avec Bordeaux. Ce sera la fin du conflit et Louis XI pourra consacrer son règne à la fondation de l’unité nationale. Son fils Charles VIII ajouta par son mariage la Bretagne à l’ensemble. Louis XII couronné en 1498 s’attaqua à Venise qui demeurait à cd moment la seule puissance capable de commercer avec l’Extrême Orient
Henri le Navigateur
En 1419, l’Infant Enrique, roi du Portugal, transforma une simple ferme du promontoire de Sagres en une sorte de Cité de la Science Maritime où il réussit à concentrer les meilleurs spécialistes de son temps : mathématiciens, géographes, cartographes, capitaines , pilotes charpentiers, voiliers, calfats et c’est ainsi que fut mise au point la Caravelle, navire de haute mer capable de remonter au vent en tirant des bords.
Surnommé Henri le Navigateur, Grand Maître de l’Ordre du Christ, car son but était de convertir les habitants du monde au christianisme, l’Infant Enrique mourut en 1460 et ne vit pas l’accomplissement. de son rêve, mais le mouvement était lancé La caravelle permit la conquête de Madère, des Açores, des Canaries , puis des îles du Cap Vert. Il était désormais acquit que la mer ne se mettait pas à bouillir à l’Equateur le siècle s’acheva par un bouquet de conquêtes.
Partage du Monde à découvrir
La Chrétienté était encore unie et pour éviter une rivalité nuisible entre le Portugal et l’Espagne, sous l’égide du Pape Alexandre VI le traité d’Alcacovras ( 4 Septembre 1479) établit une ligne de démarcation passant par les Canaries : Tout ce qui était à l’ouest était du domaine espagnol, , à l’est du domaine portugais. ; En 1487, Bartolomeo Diaz doubla le Cap Tormentoso, mais dut faire demi-tour devant la violence de la tempête et la révolte de l’équipage. ; En 1492, le Génois Christophe Colomb, missionné par la reine d’Espagne Isabelle la Catholique découvrit Haïti et Cuba et l’année suivante les petites Antilles et la Jamaîque.
Le traité de Tordesillas ( 7 Juin 1494 ) ratifié lui aussi par le Pape porta à 360 lieues marines à l’ouest des îles du Cap Vert la ligne de démarcation : le Brésil, que Cabral avait reconnu mais dont la découverte avait été tenue secrète, fut ainsi colonisé par les Portugais. En 1498, Vasco de Gama franchit la Cap rebaptisé de Bonne Espérance, aborde au Mozambique, fait la connaissance de navigateurs arabes, qui lui apprennent le phénomène de la Mousson et lui prêtent un pilote qui le conduit à Calicut où il arrive le 20 Mai, fraîchement accueilli par le Samorin. Il parvient néanmoins à acheter une cargaison d’épices et rentre à Lisbonne.
En 1505,Pedro de Mascarenhas découvrit Maurice ; en 1506 Albuquerque s’empara de Socotora ; en 1514 les Portugais furent en Chine et en 1515 ils tenaient les points-clé de l’Océan Indien :Calicut (1498 ), Cochin ( 1502 ), Goa ( 1510 ), Mascate et Ormuz ( 1515 ).
Une grande partie de la puissance de Venise s’effondra alors : le prix des épices en Europe avait été divisé par quatre. La route caravanière d’Asie Centrale disparut ;
Appartenant à la Couronne et par fidélité à l’éthique de l’Infant Enrique la flotte portugaise se contentait de ramener les produits exotiques à Lisbonne et les Hollandais, qui maîtrisaient, vers 1560, 800 navires et 30.000 matelots se chargeaient de les distribuer jusque dans la Baltique
La réforme 
Excommunié en 1521, Martin Luther approuva la Confession d’Augsbourg en 1530. Le protestantisme était créé en Europe du Nord et en vertu du principe « Cujus regio, ejus religio » ( Tel prince, telle religion) l’ Europe chrétienne romaine se divisa en Etats catholiques ou protestants au choix de leurs princes. Les Pays Bas, sous la direction de Guillaume d’Orange, se révoltèrent contre Philippe II, Roi d’Espagne et devinrent les Provices Unies de confession réformée.
Création d’un Empire Hollandais aux Indes
Une importante colonie hollandaise vivait à Libonne et certains de ses membres avaient percé le secret de la Route des Indes. ; Van Linschoten, qui avait fait le voyage de Goa et publié l’ Itenerario revint en Hollande en 1593.L’année suivante, l’Espagne, qui avait mis la main sur le Portugal, ferma Lisbonne aux Bataves. Un autre hollandais, Cornelius Van Houtman avait fait plusieurs périples à bord de caraques en qualité de pilote. En 1595, avec neuf commerçants d’Anvers et d’Amsterdam ils fondèrent la Compagnie Van Verre, dont la première flotte partit du Texel le 2 Avril 1595. Ils furent naturellement mal accueillis par les portugais des Indes, mais de 1598 à 1602 cette Compagnie arma 13 flottes totalisant 46 navires à destinations des Moluques, de Ceylan, Malacca et Java. Quelques navires pasèrent par le Cap Horn et l’un d’eux atteignit le Japon. En 1602 tous les armateurs furent regroupés sous la banière de la Compagnie Néerlandaise des Indes ( V.O.C. )

Initiation d’un Empire Anglais des Indes
Les Anglais, eux aussi devenus protestants, n’eurent pas plus de scrupules avec la bulle papale et en 1601 la Reine Elisabeth Ière signa la charte de la London India Company. Quatre navires levèrent l’ancre de Londres le 16 Février 1601 avec comme pilote major le fameux Francis Drake. Avec Burrough, il s’était illustré comme corsaire courrant sus aux galions espagnols. D’où l’expédition punitive de l’Invincible Armada, qui par suite d’une tempête dans la Manche, tourna au désastre ( 1588 ). Dès 1527, les Anglais avaient réussi à embarquer un espion à bord d’une caraque et en 1579 Thomas Stevens avait fait le voyage des Indes et en avait donné un récit détaille.
Enfin les Français
En 1515, au moment où les Portugais s’installent à Ormuz, verrouillant l’accès vers la Méditerranée, François Ier inaugure son règne en écrasant, grâce à l’usage de bombardes les mercenaires suisses à Marignan en Italie : il a hérité de son père Louis XII le rève de s’emparer du commerce de l’Orient en dominant Venise. Mais il se rendit bientôt compte que d’une part la donne avait changé, d’autre part que Charles Quint, devenu Roi d’Espagne en 1516 et Empereur d’Allemagne en 1519, maître des Pays Bas et de Naples encerclait son propre royaume de toutes parts. D’où une lutte de plus de trente années au cours de laquelle le Roi de France fut fait prisonnier à Pavie ( 1525 ) et se vit imposer le traité de Madrid. ; Après la mort de François Ier l’Empereur mit encore le siège devant Metz ( 1552 ) . Cependant Jacques Cartier, de Saint Malo, réussit en 1535 à prendre possession du Canada et que l’expédition de Verrazano dans la région de New York fut financée par la France.

Guerres de religion
Catherine de Medicis, bru de François Ier, épouse de Henri II et mère de trois rois de France ( François II, Charles IX et Henri III ) fut la belle mère d’un quatrième Henri IV , qui , protestant converti au catholicisme, mit fin en signant en 1598 l’Edit de Nantes à plus de trente années de guerres de religion. Pendant que Sully restaurait le royaume, Samuel de Champlain jetait les bases de la Nouvelle France en fondant Québec en 1608. Assassiné par Ravaillac en 1610 , Henri IV laissait un fils mineur, Louis XIII et le Parlement attribua la régence à Marie de Medicis. Malgré sa brouille avec son fils, celle-ci réussit à lui donner comme Ministre en 1624, Armand du Plessis , Cardinal de Richelieu, qui atteignit un triple but : la ruine des protestants comme parti politique ( sièges de La Rochelle, de Montauban ), l’abaissement des Grands ( Edit contre les duels, exécution de Cinq Mars, de De Thou procès de Chalais) et l’abaissement de la Maison d’Autriche.
Fondation du Fort Dauphin 
C’est Richelieu qui le 24 Juin 1642, à la veille de sa mort, signa les Lettres Patentes autorisant la création de la Compagnie d’Orient organisée par les marchands de Dieppe et le capitaine de Marine Rigault. Cette Compagnie est aussi dite de Madagascar car son but était d’installer une colonie de peuplement dans l’Ile Saint Laurent (Madagascar)
De 1643 à 1648, 300 colons furent transportés au Fort Dauphin ( le futur Louis XIV ) que de Pronis choisit d’installer sur la côte est à proximité des ruines d’un ancien fort abandonné par les Portugais. Il s’agissait d’une baie mal abritée, mais c’est la seule existant sous ces latitudes (En 2008, on est en train d’aménager un vrai port pour exploiter des mines)
Compte tenu de la durée du voyage, les passagers ( Colons , soldats et équipages ) arrivaient dans un état effroyable : en fin de parcours, les biscuits moisis et la viande avariée s’avalaient avec de l’eau croupie. D’où pour les survivants apparition du scorbut et autres joyeusetés
Révolte des colons et déportation à Mascarin
Mauvais climat, hostilité des indigènes que de Pronis essaya d’amadouer en prenant une femme malgache, ce qui devint un grief pour les colons, finirent par faire éclater une révolte et de Pronis, le gouverneur, fut mis aux fers par ses administrés Délivré par l’arrivée opportune d’un navire de la Compagnie, il s’empressa de faire déporter dans l’île déserte de Mascarin les douze principaux mutins. Cela se passait au mois d’Octobre 1646 et ce furent les Premiers Français à séjourner dans l’île 142 ans après sa reconnaissance par Peteira.
Comme celui-ci ils débarquèrent à Saint Paul et au début s’abritèrent dans la caverne à laquelle ils laissairent leur nationalité. Par la suite ils allèrent s’établir dans la région du Vent sur les bords de la rivière Saint Jean, au Quartier Français, et, pour signaler leur présence, ils plantèrent un mât à l’embouchure de la rivière éponyme.
Retour au Fort Dauphin
Les choses ne s’améliorant pas au Fort Dauphin, en 1649 Etienne de Flacourt, naturaliste et l’un des directeurs ( et par conséquent un des principaux actionnaires )vint occuper la place de gouverneur. D’une part il renvoya Pronis en Métropole, d’autre part, mis au courant de la déportation qui avait eu lieu trois ans auparavant, il décida d’envoyer à Mascarin un navire chargé de ramener les exilés ou ce qu’il en restait. Et il eut la surprise de voir revenir douze gaillards en parfaite santé qui ne tarissaient pas d’éloges sur l’île où ils avaient effectué un séjour forcé et dont ils avaient exploré le littoral
De Flacourt vit l’opportunité d’une solution aux problèmes sanitaires des passagers et il décida alors de faire prendre possession officielle de Mascarin au nom du Roi de France et de la rebaptiser en hommage à la dynastie régnante et en raison de sa bonté. Cette cérémonie se déroula au lieu dit « La Possession du Roi » qui est devenu La Possession
Sur les indications des exilés de Flacourt établit la première carte de l’Ile Bourbon. Les cirques sont remplacés par un grand lac central d’où partent les principales rivières.
Premiers colons volontaires
Comme son prédécesseur, de Flacourt eut des ennuis avec ses administrés et en particulier avec un sieur Antoine Thaureau, dit Couillard dont il avait à se plaindre au sujet d’un vol. Il incita donc celui-ci à aller s’établir à Bourbon. Et le 22 Septembre 1654, le vaisseau l’Ours mouilla à Saint Paul et débarqua Thoreau en compagnie de sept autres français et de six malgaches Le navire transportait aussi cinq vaches pleines et un taureau qui allèrent fraterniser avec le troupeau existant provenant de bêtes antérieurement déposées par les portugais et/ou les hollandais, de même que les cabris.
Nos pionniers construisirent des cases pour s’abriter, défrichèrent et plantèrent du tabac, des melons et des légumes. Thoreau entreprit de faire le tour de l’île, périple qu’il accomplit en onze jours. Hélas, un ouragan s’abattit sur eux au moment où ils s’apprêtaient à récolter et nos amis durent reconstruire leurs cases et refaire leurs plantations
Le 24 Octobre 1656, ils reçurent la visite du Saint Georges, qui fit escale une huitaine de jours, temps suffisant pour que les malades se rétablissent. Bourbon jouait ainsi le rôle qui lui était dévolu par de Flacourt. Le vaisseau releva ensuite pour la Grande Ile avec de vivres frais et du tabac. Nos colons se remirent à leur besogne et notamment à récolter l’aloès qui croissait à l’état sauvage et en abondance. Malheureusement le 1er Janvier 1657, un nouveau cyclone détruisit leurs cases et plantations. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur,Thoreau et ses compagnons recommencèrent leurs semailles, mais une tornade fit à nouveau régner la désolation au mois d’avril 1658 ( Note : il semble que les cyclones n’aient pas attendu le réchauffement climatique pour se déchaîner sur l’île)
Le 28 Mai suivant, le Thomas Guillaume, capitaine Gosselin, arriva en vue de Bourbon. L’équipage aperçut les feux des colons et mouilla en rade. Thoreau se fit connaître et Gosselin, qui était un fourbe, lui raconta que le Fort Dauphin n’existait plus et que le Saint Georges avait disparu en Mer Rouge . Cela faisait trois ans et huit mois que nos pionnier n’avaient pas eu de nouvelles de Madagascar et les ouragans successifs avaient miné leur moral.
Bourbon redevient inhabitée
Les colons proposèrent à Gosselin de lui vendre leurs produits. Ce dernier refusa d’en acheter, mais leur proposa, en échange de rafraîchissements, de les ramener ,eux et leurs marchandises en Europe, où ils pourraient les écouler à un cours rémunérateur. Résignés les colons acceptèrent cette solution et montèrent à bord du Thomas Guillaume qui les mena en Inde à Madraspatam, où ils apprirent de la bouche de deux Pères Capucins français que Gosselin leur avait menti et que leurs produits étaient invendables sur le marché local. Ils étaient à peine revenus de leur surprise que le capitaine avait offert leurs serviteurs au « président du lieu » qui en avait été enchanté. Eux-mêmes durent s’engager comme soldats pour subsister. C’est ainsi que l’Ile Bourbon redevint inhabitée
Péripéties métropolitaines 
En Europe aussi les choses évoluaient, le Maréchal de la Meilleraye, cousin de Richelieu et gouverneur de Nantes, avait créé en 1643 une Société de la Bourse Commune. Conseillé par un religieux carme le Père Mathias de Saint Jean, il eut l’idée de se substituer à la Compagnie de Madagascar. En 1654 ( c’était pendant la fronde des princes et Mazarin devait faire face à une coalition anglo-espagnole) La Meilleraye envoya à Fort Dauphin deux navires et le chef de l’expédition annonça à de Flacourt que le privilège de la Compagnie d’Orient était expiré et qu’il venait prendre sa succession
De Flacourt fait admettre son projet
Rentré en Europe en 1656, au moment même où, sous l’impulsion du Maréchal, Duc de la Meilleraye, se créait une Compagnie des Indes Orientales, de Flacourt s’aperçut de la supercherie et put convaincre ses associés de la Compagnie de l’Orient de la justesse de ses vues concernant Bourbon, d’autant plus facilement que les relations de voyages publiées par Guillaume Ysbrantz Bontekoe avaient eu un grand retentissement. Ce maître d’équipage à bord du New Hoorn avait pu expérimenter les qualités de Mascarin et parlait d’Eden. De Flacourt reprit la mer mais sur la route de l’Océan Indien son navire fut coulé par un flibustier
Remarque du rédacteur : Cette première partie semble fort longue, mais elle évoque de manière stroboscopique le commerce intercontinental sur une période allant au moins de la guerre de Troie ( 1180 av. J. C. ) à 1660 , moment où Colbert songe à imiter les Hollandais et à inciter les français à aller chercher eux-mêmes les épices aux Indes. Et ce récit concerne non seulement l’Eurasie, mais tangente la nouvelle Amérique et fait le tour de l’Afrique.