Aperçu historique de l' ile de la Réunion
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Reconversion à l' économie sucrièreChapitre 4 | Navigation entre chapitres
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4e Partie : Après la rétrocession à la France, en 1815, de la seule Ile Bourbon, se produit la reconversion à l’économie sucrière.
Sommaire
C’est donc à la clairvoyance de Charles Panon Desbassyns que La Réunion doit ce qui reste, deux siècles plus tard, son industrie de base. ; La nouvelle du retour de Napoléon parvint à Bourbon le 12 Juillet 1815 et bientôt l’escadre anglaise somma Bouvet de Lozier de remettre l’île à l’Angleterre, mais ce dernier refusa de reconnaître le gouvernement de Napoléon et maintint le drapeau blanc ; ce qui excita les récriminations des nombreux bonapartistes (Bonaparte avait rétabli l’esclavage) . Bouvet convoqua le 12 Octobre une assemblée de Notables, qui repoussèrent l’ultimatum et c’est au moment où il lança son fameux « Aux armes, habitants de Bourbon, « qu’on apprit la défaite de Waterloo et le départ de Napoléon pour Sainte Hélène . L’escadre anglaise quitta les eaux de Bourbon,le 28 Octobre 1815.
Besoins spirituels et éducation 
Il ne restait que 5 Lazaristes, vieux et infirmes. La Congrégation ayant été dissoute par la Révolution, Bouvet s’adressa pour le clergé au Séminaire des Missions Etrangères et pour l’instruction publique il s’adressa aux Religieuses de Saint Joseph de Cluny et aux Frères des Ecoles Chrétiennes, qui arrivèrent en 1817. Le 29 Juin 1817 mouilla à Saint Denis la flûte Le Golo, qui avait à son bord un nouveau Commandant Laffite de Courteil , mais surtout le Baron Philippe Desbassyns de Richemont, frère aîné de Charles, nommé commissaire général ordonnateur. Devenu par la suite Directeur des Colonies il sera le père spirituel de l’Ordonnance de Bourbon, du 21 Août 1825, qui sera étendue aux Antilles. Créé par le Baron Milius le 24 Décembre 1818, le Collège Royal ouvrit ses portes el 7 Janvier 1819 sous la direction du Colonel Maingard, oficier en retraite qui avait fondé à Maurice en 1799 l’Ecole Centrale transformée par le Général Decaen en Lycée des Iles de France et de La Réunion.
Expansion économique
Dégagé de sa dépendance de Maurice, Bopurbon prendra un rapide essor et entre dans la voie de l’industrialisation en ajoutant aux sucreries des guildiveries ( distilleries) pour la fabrication du rhum. Ace moment le pays comptait 16.400 »blancs », 3.496 libérés et près de 70.000 esclaves. Officiellement la traite était supprimée, mais devenue clandestine elle serait restée très importante.
Premiers établissements de crédit
Le négoce ne pouvait se développer sans banque : celle dont la création était prévue le 1er Janvier 1817 ne put ouvrir ses portes faute de capital . C’est pourquoi par ordonnance du 10 Novembre 1821 fut créée une Caisse d’Escompte, dont le capital avait été prélevé sur la Caisse de Réserve de la Colonie, et qui n’avait pour objet l’escompte des lettres d change et des billets à ordre. Dirig2 par Valère Hugot, ce premier organisme devint vite insuffisant et une ordonnance du 23 Décembre 1823 approuva les statuts d’une Société Anonyme de la Caisse d’Escompte, au capital de 150.000 piastres ( 750.000 francs ) qui fonctionna à compter du 1er Janvier 1824 et donna satisfaction. Le 1erer Septembre 1838 avait créé une Caisse d’Epargne et de Prévoyance qui était autorisée à faire des avances sur immeubles et dans le commerce Mai 1826, de Freycinet approuva le doublement de son capital par émission d’actions nouvelles. Le sucre n’étant payé qu’à sa délivrance en Métropole ( C A F ), il était indispensable de trouver un organisme capable de faire l’avance des fonds au moins depuis la récolte et la remise des cannes à la sucrerie et quelquefois avant. ; Trois cyclones, qui mirent en difficultés les premières « usines centrales » ( Colosse et Bois Rouge ) en difficultés déclenchèrent une crise, à laquelle la Caisse ne put faire face. Elle fut mise en liquidation en 1831, mais dut continuer à fonctionner sous surveillance, puisqu’en 1844 un arrêté gubernatorial nomme Benjamin Bédier, Agent Général Spécial pour la liquidation de la Caisse d’Escompte. Entre temps un arrêté du 1
Ordonnance organique du 21 Août 1825
Préparée par Philippe Desbassyns de Richemont, elle visait à assurer un équilibre des pouvoirs administratifs sous l’autorité du gouverneur assisté d’un Conseil Privé. Le Conseil Général était composé de douze membres , non pas élus, mais nommés sur proposition des municipalités. Le Gouverneur était assisté de trois chefs de service le commissaire ordonnateur (Trésor), le directeur de l’Intérieur ( police, routes) et le procureur général ( Justice): Le Conseil Privé (Trois chefs de service et deux notables) se transformait par adjonction de deux magistrats en Conseil de Contentieux Administratif ; Enfin un député, choisi parmi les candidats proposés par le Conseil Général, était nommé par le Roi.
Retour aux Trois Couleurs 
La nouvelle de la chute de la Royauté de Droit Divin fut apportée par la « malle » venue de France par la Jeune Mathilde en provenance de Maurice. ; Le 30 Octobre 1830, une foule de citoyens se réunirent sur la place qui existait au pied du mat de pavillon ( qui a laissé son nom à la rue) et décidèrent de hisser le drapeau tricolore. Le gouverneur Duval d’Ailly, qui avait été nommé par le souverain détrôné, vit dans cet acte une atteinte directe à son autorité et il convoqua le maire Tabur. Celui-ci essaya de parlementer avec les manifestants, mais, retourné par eux, il obtint du gouverneur de présider la cérémonie. ET c’est ainsi qu’en présence des corps constitués et des troupes convoquées à la hâte devant le Sémaphore du Port on hissa le nouvel emblème national qui fut salué de 21 coups de canon et de cris Vive la France ! Vive la Charte ! Vive le Gouverneur !
Association des Francs Créoles
Nicole Robinet de Lasserve, secrétaire du Colonel de Sainte Suzanne, après le dépôt des armes en 1810, avait accompagné son protecteur en Métropole et il devint à Paris un brillant journaliste et avocat. Il fréquenta à la fois les apôtres de l’industrialisation et le milieu carbonari. En 1824, il regagna l’île dans la ferme intention d’ »y réveiller l’esprit public ». Et il ne tarda pas à prendre de l’ascendant dsur cette classe moyenne, qui comprenait, à côté des médecins, avocats, commerçants et petits propriétaires ( laminés par l’extension de la culture de la canne), les « libres de couleur » qui s’étaient élevés parleur travail et qui aspiraient à plus de responsabilités ; Le 15 Mai 1831, Lasserve fonde à Sainte Suzanne l’Association de Francs Créoles, qui aura un Comité central et des Comités de Quartier et dont la revendication essentielle est la création d’une Assemblée Coloniale directement élue, « maîtresse de décider de l’impôt, de régler les affaires intérieures, »….Ce qu’elle réclame aussi, c’est l’égalité, sans distinction de fortune et de naissance » de tous les fils du sol insulaire ayant titre de liberté », mais pas l’abolition de l’esclavage. Rendu indépendant par la loi du 24 Avril 1833, le Conseil Colonial ne pouvait plus siéger au gouvernement et en 1834, on entreprit de construire dans le Jardin du Roi le Palais Législatif destiné à abriter ses travaux (c’est notre actuel Muséum d’Histoire Naturelle). Nicole de Lasserve, qui avait le promoteur du Canal de Champ Borne et qui s’était beaucoup endetté pour construire l’ »Usine Centrale » du Colosse ( qui avait quatre cheminées) fut, comme beaucoup d’autres propriétaires ruiné par la crise engendrée par les 3 cyclones de 1829-1830. Il dut se retirer à l’Ilet Bananier dans le cirque de Salazie, où à la demande d’un groupe conduit par Fréon, les premières concessions avaient été accordées. Si le cirque était devenu plus sur, l’accès en restait difficile :le premier sentier traversait 68 fois la rivière du Mât de l’entrée des gorges à la Mare à Poules d’Eau.
La loi du 24 Avril 1833 s’analyse en une Charte Coloniale qui accorde les droits politiques à tous les citoyens libres, sans aucune distinction de leur origine. Désormais la Monarchie de Juillet devait aborder de front la question de l’abolition de l’esclavage dont l’opinion publique en France s’était emparée sous l’impulsion de Passy, Tracy, de Tocqueville, Rémusat, mais aussi Lacaussade et Leconte de Lisle. ; Les propositions de loi du 10 Février et 12 Juin 1838 transportèrent sur le terrain parlementaire le « sort des esclaves » et les Conseils Coloniaux ( Antilles, Guyane et Bourbon) réclamèrent le droit de participer aux discussions qui touchaient leurs intérêts vitaux.
Représentation des Colonies
Le 26 Mai 1840, le gouvernement institua sous la présidence du Duc de Broglie une commission « pour l’examen des questions relatives à l’esclavage et à la constitution politique des colonies ». Cette illustre commission qui comprenait Tocqueville, Passy, d’Audiffret, Bignon, Rossi etc conclua que » le problème de la Représentation Coloniale devait se trouver lié à celui de la suppression de l’esclavage ». De ce fait, la Réforme Coloniale qui comprenait tous les grands problèmes politiques : souveraineté de la Nation, suffrage universel, liberté de la Presse, abolition de l’esclavage, n’était pas accomplie lorsqu’éclata la Révolution du 24 Février 1848.
Evolution du secteur agricole 
A partir de 1815, non seulement on reconvertit en cannes les caféières, mais, selon Scherer, on défricha de nouvelles terres :de 46.200 ha de terres cultivées en 1823, on passa à88.700 en 1853 et à 91.000 en 1860. Sur ces terres, la canne se paya la part du lion de 4.200 ha plantés en cannes en 1823, on atteignit 62.000 ha en 1860. La production de sucre pressa ele aussi en grimpant de 22 T en 1815 à 7.000 en 1825, 38.000 en 1853 et 68.000 en 1860. Dans la dernière période, les inventions de Gimart et de Wetzell augmentèrent les rendements en cours de fabrication.
Jusqu’en 1848, café et girofle restèrent des produits d’exportation importants : en 1846, il y avait encore4.200 ha de caféiers et 1.400 ha de girofliers. Après 1848, la canne à sucre devint monoculture d’exportation . Parallèlement les cultures vivrières (sauf le maïs ) régressèrent : en 1860, il n’y avait pratiquement plus de rix et de céréales et,, en 1853, La Réunion importait 500.000 balles de riz de Madagascar et d’Inde.
Enfin l’émiettement des terres s’amplifia : en 1848, 70 % des propriétés avaient mois de 5 ha contre seulement 26 % en 1878 . A cette époque, les grands domaines, qui étaient 4 % en nombre, représentaient 58 % de la surface cultivable.
Emancipation des esclaves
Le gouvernement provisoire de la 2e République décréta le 27 Avril 1848 l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises et le Commissaire Général Sarda Garriga fut chargé de son application à Bourbon. ; Cette nouvelle causa une forte émotion parmi les 32.000 propriétaires et beaucoup parlaient de réserver au commissaire un accueil analogue à celui que Port Louis avait fait à Baco et Burnel en 1796. L » Assemblée Coloniale, officiellement dissoute, demanda l’ajournement de la mesure à la fin de la récolte et le paiement d’une indemnité.
Sarda, voyageant sur la corvette l’Oise arriva à Saint Denis le 13 Octobre mais ne débarqua que le lendemain. Après l’accueil protocolaire eut lieu la présentation des Corps Constitués par le Gouverneur Graeb, qui lui remit un rapport de quelques pages et se retira . Le lendemain, jour de fête patronale de Saint Denis, Sarda sera accueilli sur le parvis de l’église avec tous les fastes sacerdotaux par le Préfet Apostolique. Le lundi, pendant que Graeb faisait ses adieux aux Corps Constitués, Sarda reçut une délégation des membres du Conseil Colonial dissous conduite par Auguste Vinson qui lui remit deux textes : une Adresse et Protestation et un Programme. Il remercia et congédia Vinson qui allait entamer une vibrante harangue.
Laïcisation 
Par arrêté en date du 16 Novembre 1881, avait été créée une Ecole Normale d'Instituteurs, qui permit à l'enseignement laïque de prendre un essor tel que la laïcisation intervenue 21 ans plus tard ( 1902 ) se fit sans incident notable. En 1897, l'établissement qui occupait les anciens locaux de l'Ecole Joinville, rue Sainte Marie, fut annexé au Lycée sous le nom de Cours Normal
Conquête de Madagascar
Le protectorat ne suffisant pas à mettre fin aux vexations et aux sévices infligés à nos compatriotes, le 22 Janvier 1894, Louis Brunet, Député de La Réunion, faisait voter à l'unanimité un ordre du jour suivant lequel la Chambre des Députés était résolue à soutenir le Gouvernement dans ce qu'il entreprendrait pour maintenir notre situation à Madagascar, rétablir l'ordre, protéger nos nationaux et faire respecter le drapeau.
Une nouvelle expédition ayant pour objectif Tananarive fut organisée par le Général Duchesne: les demandes d'engagement affluèrent dans les Mairies, mais le bataillon de Volontaires fut dirigé vers Diego Suarez. Le 12 Avril 1895, ce bataillon, après une marche de nuit audacieuse, enleva les lignes du Point Six. Cette magnifique action lui valut d'être porté le 21 Avril à l'ordre du Corps Expéditionnaire.
Dans les faits, selon Ralainihoatra, aux termes d'un accord franco_anglais, passé le 5 Août 1890, les deux nations se reconnaissaient les mains libres respectivement à Zanzibar et à Madagascar. De ce fait le Premier Ministre malgache Rainilaiarivony se trouvait privé de sa politique d'équilibre entre les deux puissances.
Début Octobre 1894, Le Myre de Vilers, RésidentGénéral, remit auPremier Ministre un projet d'accord supplémentaire au Traité de 1885.Le 20 Octobre, un ultimatum, assorti d'un court délai, était signifié à Rainilaiarivony et le 27 Octobre le Résident quittait Tananarive en emportant le drapeau français. Le Corps Expéditionnaire commençait par prendre pied à Tamatave pour couper les communications, puis débarquait à Majunga, qui avait été évacué par la Reine Sakalava Ramboatofo et dont le gouverneur avait préféré se replier sur Marovoay au fond de l'estuaire de Betsiboka.
Après la saison des pluies et grâce à leur artillerie, les Français s'emparèrent de Marovoay et s'engagèrent sur la route de Tananarive. Les Malgaches tentèrent de les arrêter à Tsarasaotra le 28 Juin, puis à Anhita le 21 A oût. Tananarive capitula le 30 Septembre 1895. A ce; moment des discussions passionnées éclatèrent entre les partisans du protectorat et ceux de l'annexion pure et simple.; De Mahy, Louis Brunet et Théodore Drouhet, députés et sénateur de La Réunion, se prononcèrent, par la parole et par la plume, en faveur de l'annexion et parvinrent à faire admettre ce point de vue. Note : Après l'échec du rachat des terres au Crédit Foncier, cette expansion vers la Grande Ile allait de soi.
Selon AugusteBrunet, « Ainsi La Réunion, qui avait pendant plus de deux siècles, monté la garde des droits anciens de la France et déterminé celle-ci à les faire valoir, voyait s'accomplir le plus fervent et le plus persévérant de ses desseins »
Le Cyclone des 20 et 21 Mars 1904 et ses conséquences
A Saint Denis, les trois appontements servant d'établissements de marine ( Vally, Bédier et Ozoux ) qui faisaient une dure concurrence au nouveau port en s'adjugeant un tiers du trafic total furent détruits par le météore. Leurs propriétaires furent,indemnisés, mais n'obtinrent pas l'autorisation de se réinstaller sur les pas géométriques et durent déménager à la Pointe des Galets.
La ville était un amoncellement de branches brisées, d'arbres mutilés et renversés, de débris de maisons. Le Maire Le Coq du Tertre réquisitionna toutes les charrettes de la capitale et le nettoyage des rues dura plusieurs semaines et les écoles restèrent fermées pendant un mois. Selon Dureau Reydellet, la colonie n'avait pas connu pareil ouragan depuis 23 ans: les ponts furent emportés, les récoltes détruites, les maisons découvertes et écroulées. On déplora de nombreux morts et blessés, les eaux en furie ayant entrainé les cases élevées sur les rives. Cette « abomination de la désolation », complétée l'année suivante par un autre cyclone et par l'incendie de l'église de Saint Paul, survenu dans la nuit du 7 au 8 Août 1905, suscita un grand élan de compassion: Madagascar envoya des vivres, Maurice des secours et la Métropole accorda d'une part une subvention de 2 Millions de francs_or pour une indemnisation des particuliers au prorata des pertes, d'autre part un prêt à la Colonie de 10 Millions de francs-or, qui lui permit de réparer les dégâts causés aux infrastructures. L'indemnisation des particuliers dut être réalisée à bon escient et avec parcimonie puisque c'est avec la reliquat qu'en 1932 Louis Mas put en 1932 regrouper en une Caisse Centrale les différentes caisses locales de Crédit Agricole qui avaient pu être constituées.
Ces viatiques permirent le développement de la culture des plantes à parfum et la distillation des huiles essentielles: le vétyver passa de 1,6 T en 1906 à 5,2 T en 1917. Quant au géranium ses exportations gonflèrent de 20 T en 1901 à 80 T en 1917. Parallèlement le sucre passa lui aussi de 42,632 T en 1900 à 45,349 T en 1910
Quant à la vanille, qui avait grimpé de 68 T en 1892 à 200 T en 1898, elle était retombée à 120 T en 1917. Il est vrai qu'entre temps les Réunionnais s'étaient installés dans la Grande Ile et notamment dans ce qui est devenu la S A V A ( Sambava, Vohémar, Antalaha ).
Câble télégraphique 
Le 6 Août 1906, le navire câblier « François Arago » parvint à Saint Denis en immergeant, selon la Patrie Créole, « le mince fil métallique qui nous relie au monde civilisé « . C'est la fin de la dépendance des relations maritimes, la rupture avec notre splendide isolement et l'intégration de notre île à la vie du monde moderne: en un siècle on sera passé de la pénurie à la surabondance audio visuelle T.S.F. dans les années 30, T V en 1964, puis satellites et multiplication des médias.
Apparence physique
On peut considérer qu'à ce moment notre île aura revêtu le manteau végétal qui sera le sien pendant six décennies: au nord et à l'est sur le littoral tapis de cannes à sucre surmonté à la mi-an de plumets s'agitant au souffle de l'alizé; plus haut forêts d'arbres d'essences diverses fournissant le bois à brûler tel quel ( paquets de bois gaulettes ou fendus ) ou sous forme de charbon ( et c'est l'origine du Brulé de Saint Denis qui pour son nom ne doit rien au volcan)
A l'ouest, le filao acclimaté vers 1765 a conquis le littoral et a même été planté volontairement à l'Etang Salé pour fixer les dunes de sable. Les cannes étendront leur domaine de 3- 400 mètres à plus de 1000 mètres . Le géranium et son compère l'accacia seront encore plus montagnards, cédant la place aux tamarins et aux branles qui rampent jusqu'au sommet du Grand Benare . En fin au sud et sauf à la Petite Ile, domaine du vétyver, la canne affirme sa vitalité avant de céder la place aux bois de couleurs.
Première guerre mondiale 
La conscription avait suspendue, mais le bureau de recrutement maintenu. Mus par un grand élan patriotique engagés et appelés vinrent s'enrôler sous les drapeaux. Il y avait alors quatre catégories: active, réserve, territoriale et réserve de ,la territoriale. Le conflit s'éternisant, les conseils de révision se multiplièrent et des réformés des première années se retrouvèrent en uniforme en 1918.
Pendant que les uns, après transit à Fréjus, se battaient sur le front, éventuellement à Verdun, d'autres se retrouvèrent aux Dardanelles (sur les détroits à proximité d'Istamboul). Embarqués sur le Yarra, qui fut torpillé en Méditerranée, certains créoles gardèrent un mauvais souvenir de l'onde amère.
Malgré un état sanitaire déplorable, 14,423 hommes furent reconnus aptes au service et sur ce nomre plus de 3,000 tombèrent au champ d'honneur.
Réquisition des sucres
Du fait du conflit, les champs betteraviers du nord de la France devinrent improductifs et le gouvernement de Paris décida de réquisitionner tout le sucre disponible au cours du marché c à d à un prix bien supérieur à celui pratiqué localement. Selon André Scherrer, la production de sucre fut variable, mais n'augmenta pas dans des proportions importantes: 33,000 T e 1914, 42,000 en 1916, 37,000 en 1918 et 42,000 en 1920. Par contre la valeur de la récolte passa de 13 Millions en 1915 à 43 Millions en 1920 et les exportations de produits de 22 Millions en 1915 à 77 Millions en 1920.
Ces chiffres en valeur absolue doivent être amodiés par l'apparition de l'inflation. Le franc de Germinal an VII (1799 ), qui était demeuré intangible pendant plus d'un siècle ne résista pas aux dépenses de la guerre. Par exemple la livre anglaise, qui valait 25,25 F avant les hostilités, était cotée 52 en 1920. Pour mémoire, elle atteignit son apogée le 21 Juillet 1926 à 243,50 F et nécessitera l'intervention de Poincaré, conseillé par la Banque Lazard: la livre retomba à 124,16 F et ce fut le « miracle Poincaré » Malgré les ravages de la grippe espagnole, les années 1920 furent, une période faste pour les affaires.
Grippe Espagnole
Au début du mois d' Avril 1919 une fraîche et précoce mousson vit son apparition coïncider avec l'arrivée du Madonna, qui ramenait dans leur île natale des « poilus « démobilisés et bientôt le bruit court que des prisonnizers qui avaient été affectés au déchargement de ce navire étaient atteints et mouraient de grippe: peu après on apprend la contamination du médecin etdu directeur de la Prison Centrale: le Docteur Archambaud et le sieur Prignac. L 'Administration publie un communiqué rassurant, bientôt démenti par les faits : les morts se multiplient et à Saint Denis atteignent bientôt le nombre quotidien de 200, rien que pour les déclarés. Car les services publics sont désertés et les cadavres encombrent les maisons, les rues et les places. Sur l'initiative d' Anatole Hugot la municipalité dionysienne transforme une automobile en camionnette-char funèbre et deux poilus en uniforme « bleu horizon » et bandes molletières, parcourent les rues de la ville chargeant les cadavres qu'ils trouvent et dont certains sont déjà en état de putréfaction. Des maisons particulières on leur fait signe et on leur remet des corps, quelquefois recouverts d'un linceul, souvent dévêtus
Des familles entières disparurent: alertés par l'odeur des voisins enfoncent les portes et reculent devant les cadavres putréfiés:Tous avaient été atteints ensemble et tous avaient succombé. Au cimetière le spectacle est hallucinant: le chemin de fer ne fonctionne plus et les cadavres s'entassent sur la voie qui longe le mur d'enceinte. Sous la surveillance du Commissaire Eauclerc, révolver au poing, les prisonniers de droit commun encadrés de gardes-chiourme creusent des fosses communes (que l'on voit encore de nos jours en face des anciennes portes côté montagne).
Les journées ne sont pas suffisamment longues pour enterrer tous les corps et souvent la nuit les chiens errants s'attaquent aux dépouilles, les déchiquètent et abandonnent les débris dans les quartiers avoisinants. Ala clarté de la lune, le paysage devient apocalyptique: le regard froid de la blonde Hébé ajoute au sinistre de la réalité. Le R.P. Thoué, curé de la Cathédrale, le Jeudi Saint accompagne un convoi au cimetière et bénit tous les corps. Il paiera cette témérité de sa vie. Enfin le dimanche 5 Mai 1919, une bourrasque soufflant de l'ouest éteignit les foyers pestilentiels et mit fin à la tragédie.
En fait la grippe espagnole de 1918-19 est une pandémie qui fit de 15 à 25 Millions de victimes dans le Monde. Elle apparut en Chine, à Canton, au mois de Février 1918, puis dans les camps militaires aux U S A et suivit l'armée américaine en Europe. La première phase ( été 1918 ) clouait le malade au lit pendant trois jours. La seconde phase ( automne 1918 ) et la troisième ( été 1919 ) tuaient le patient en trois jours.Le virus ne fut découvert qu'en 1933.
Remaniements fonciers 
Au cours du XIXe Siècle étaient devenus les principaux propriétaires fonciers d'une part les héritiers de Gabriel de Kerveguen, décédé accidentellement à Paris en 1860, et d'autre part le Crédit Foncier, qui;du fait de la crise s'était rendu adjudicataire de 9,000 hectares de terres et à ,tous les deux les créoles reprochaient leur « « absentéisme « , le fait que les « propriétaires » vivaient en Métropole et y dépensaient les « bénéfices » engrangés sur place. En réalité, les Kerveguens étaient restés commerçants et le C. F. C. avait son privilège de banquier jusqu'en 1924.
Ce qui est certain , c'est que, de 1919 à 1924, les Kerveguens vendirent leur domaine par lots et un certain nombre furent achetés par des sociétés mauriciennes, qui rencontrèrent le même ostracisme: profitant de la reprise des affaires des Sociétés Anonymes locales se constituèrent et prirent la suite des mauriciens.
Parallèlement, le 13 Décembre 1920, se constitua à Paris pour une durée de 99 ans une société anonyme dite des Sucreries Coloniales, dont ,l'objet était précisément l'acquisition, la prise à bail, l'administration, la vente, la location de tous immeubles, usines, domaines et tous matériels d'exploitation. A cette société le C.F.C. fit apport le 19 Mars 1921 de son domaine industriel de La Réunion et de la Guadeloupe et en retour il lui fut attribué ,142,000 actions de 100 frs entièrement libérées
Ces nouveaux grands propriétaires fonciers cherchèrent à améliorer les rendements aux champs et à l'usine et obtinrent de bons résultats puisque la production de sucre passa de 42,000 T en 1920 à 110,000 T en 1940. La modernisation du Gol commença en 1927 sous l'impulsion de Léonus Bénard. Quant à à la réforme foncière pour reconstituer la moyenne propriété, elle sera reformulée par Alphonse Mas, directeur de la Banque de La Réunion en 1917 et mise en oeuvre par la S.A.F.E.R. À partir de 1965. Enfin au plan bancaire; la Société Bourbonnaise de Crédit fut créée et le Crédit Foncier de Madagascar, ancêtre de la BNCI, s'installa en 1923.
T.S.F.
Le premier poste de Télégraphie Sans Fil arriva à Saint Denis en 1923: il se composait d'un émetteur et d'un petit ensemble récepteur qui servait uniquement à la veille maritime. René Demarne prit en 1924 la direction des services radioélectriques et commença le trafic télégraphique avec Madagascar, puis avec la Métropole. Il;faut dire que le »câble » était souvent rompu et que son relevage pour réparations nécessitait la présence d'un navire spécialisé. A Saint Denis, les premiers programmes radiophoniques datent de 1933
Contingentement des sucres et des rhums 
Selon Auguste Brunet, « une profonde révolution s'est produite dans la vie économique des colonies sucrières à partir de 1923 ». En effer le 31 Décembre 1922, l'Assemblée Nationale votait la limitation à 160,000 hectolitres d'alcool pur l'importation des rhums coloniaux en France continentale. Sur ce contingent global La Réunion se vit attribuer d'abord 18,000, puis 24,000 hectolitres; Les rhums hors contingent étaient soumis à une taxe prohibitive.
D'autre part, en 1930, à la suite du fléchissement des cours du sucre provoqué par une surproduction, des accords intervinrent entre betteraviers pour réduire la production métropolitaine et les producteurs de sucre coloniaux furent invités à participer à ces accords sous menace de mettre en jeu,leur existence même. Finalement , après discussions orageuses, une entente aboutit à attribuer aux métropolitains 8/ % de la satisfaction des besoins de la consommation métropolitaine et algérienne et aux colonies 13 % de cette même consommation. La répartition entre les colonies s'effectua sur la base de leurs ventes 1932-33. C'est pour mieux encadrer la production que furent alors créées d'une part la Station Expérimentale de La Bretagne, d'autre part les Caisse Régionale et Locales de Crédit Agricole.
Loi du 31 Décembre 1927
A La Réunion, le planteur apportant ses cannes à l'usine en recevair le prix en nature, soit 62,500 kg de sucre par tonne de cannes. Ce prix forfaitaire invariable donnait lieu à la délivrance d'un « bon » qu'il réalisait à sa convenance et à son heure par l'intermédiaire des agents d change-courtiers de commerce. Le rhum, considéré comme sous-produit, bénéficiait au seul usinier. Dès la deuxième année d'application de la loi de 1927, la valeur de la tonne de cannes fut fixée à 65 kg de sucre dans la partie du Vent et à 70 kg dans la partie Sous le vent.
Le 24 Octobre 1929, un arbitrage rendu par Léonus Bénard, sénateur, et entériné par le gouverneur porta ce taux à 70 kg dans la partie du Vent et à 75 kg dans la partie Sous le vent.. Mais le planteur n'avait toujours pas de part dans le rhum. Une nouvelle réunion de la Commission Consultative du Travail et de l 'Agriculture fit admettre l'attribution aux planteurs du tiers du contingent global d'alcoiol, qui avait entre temps atteint 30,000 hectolitres, la répartition ayant lieu au prorata du tonnage de cannes livrées. Cette convention fut homologuée par le Gouverneur le 10 Août 1933.
Première liaison aérienne 
C'est Marcel Goulette qui eut l'idée de joindre la France à Madagascar et éventuellement ,à La Réunion et Maurice par la voie aérienne et cet exploit est contemporain de la liaison Paris-Saïgon-Paris accomplie par Bailly, Reginensi et Marsot au mois d' Août 1929. L'appareil choisi pour le raid fut un Farman 190 de 14,10 mètres d'envergure pour une longueur de 10 mètres, tiré par un moteur Salmson de 230 CV, monoplan à aile haute.
Immatriculé F A J J B, l'appareil est la propriété du chef d'équipage qui est accompagné pour la circonstance de René Marchesseau et de Jean Michel Bourgeois. Partis du Bourget le 17 Octobre 1929 à 6 heures par Oran, Reggane, Gao, Niamey, Zinder, Fort Lamy, Banguy, Elisabethville, Quelimane et Majunga, nos voyageurs atterrirent à Tananarive le 27 Octobre à 16 heures : 11,900 klm avaient été parcourus en 76 h 20 m de vol.
La tentative de liaison doit se faire au départ de Tamatave où une piste a été sommairement aménagée. Un premier essai d'envol s'étant terminé par un « cheval de bois », qui a tordu les pales de l'hélice, après réparation, le jour J est fixé au 26 Novembre à 6 heures du matin. La veille la paquebot des Messageries Maritimes Explorateur Grandidier a levé l'ancre dans la même direction et il est convenu que les aviateurs devraient le rejoindre à mi-chemin après 2 h 30 de vol. Faute de quoi ils devraient rebrousser chemin.
Or le jour dit et après ce laps de temps, les aviateurs ont beau scruter l'horizon , ils ne découvrent que des étendues marines désertiques. Ils acquièrent la certitude d'avoir dévié de leur route et que s'obstiner ne ferait qu'aggraver la situation. D'un commun accord on fait demi- tour en direction de la Grande Ile et au bout de cinq minutes un vague panache de fumée se laisse apercevoir. Il se précise et semble avancer dans la direction de l'avion qui descend à 100 mètres d'altitude. C'est bien l' Explorateur Grandidier: équipage et passagers sont rassemblés sur le pont et des mouchoirs s'agitent
Désormais la dérive peut être calculée et Goulette indique le nouveau cap à suivre: l'appareil remonte à 3,000 mètres. Des nuages barrent l'horizon, mais bientôt il y en a qui se caractérise par sa couleur sombre et son immobilité. C'est l'île recherchée dominée par son Piton des Neiges qui culmine à 3,069 mètres et ele n'est plus éloignée que de 100 kilomètres. Encore un peu de temps et les aviateurs relèvent la Pointe des Galets, la falaise encore presque vierge ( sauf les restes du chemin Laugier) de la Grande Montagne, le damier de Saint Denis et le terrain d'atterrissage aménagé en bordure des champs de cannes de la Société Adam de Villiers à La Mare
Ce terrain ( 300 x 350 mètres) est bordé du coté d la mer par des filaos qui dressent leurs cimes altières et dans leur enthousiasme de néophytes les organisateurs ont ;cru bon de l'entourer de poteaux portant des oriflammes aux couleurs nationales. Par deux fois Marchesseau essaiera de poser son appareil face à la mer: les poteaux l'empêchent de perdre suffisamment d'altitude et à chaque fois il est obligé de remettre les gaz pour passer au dessus des filaos. La foule applaudit à ces cabrioles qu 'elle interprète comme des saluts. Heureusement que parmi les officiels quelqu'un comprend la gène du pilote et fait abattre les mâts inopportuns. Le bel oiseau pourra dès lors retrouver le plancher des vaches : il est alors 12 heures et 20 minutes.
La foule rompt alors le barrages et se précipite vers l'appareil qui se dirigeait en cahotant vers la tribune officielle et qui doit stopper sa progression pour ne pas blesser un enthousiaste imprudent. Monseigneur de .Beaumont, évêque de Saint Denis , est invité à un baptême de l'air et il en profitera pour bénir son diocèse de ce trône improvisé.
Les Mauriciens, venus,pour la circonstance, proposèrent d'organiser chez eux pareil accueil, mais on renoncera à ce projet pour ne pas froisser la susceptibilité du pouvoir britannique. Pourtant il n'y eut aucun incident, lorsque le 10 Septembre 1933, Maurice Samat et Paul Louis Lemerle, sur Potez 43, se posèrent à Monchoisy en provenance de Saint Denis.
Finalement le 1er Décembre 1929 à 7 h 15 le F A J J B redécollera en direction de la Grande Ile et de Tananarive qu'il atteindra après 6 h et 45 m de volontairement
1er Mai 1937: Défilé à Saint Denis de la Fédération Réunionnaise du Travail 
Pour la première fois dans l'ile, ce Premier Mai est chômé ( il ne deviendra férié qu'avec la loi du 30 Avril 1947 ) et à l'appel de la toute récente Fédération Réunionnaise du Travail une foule, évaluée par Eugène Rousse à dix mille personnes, se réunit pour le dépôt d'une gerbe au Monument aux Morts de l' Avenue de la Victoire, puis défila en empruntant le trajet rue de Paris, rue Dauphine et rue du Barachois : Marseillaise et Internationale furent chantées en alternance. Derrière Léon de Lépervanche, qui apris la tête de la manifestation, on reconnaît sur la photo Léonce Salez, Jean Hinglo et Gaston Roufli. Sur les pancartes qui sont brandies, après les réclamations sociales du moment une banderole proclame la revendication politique fondamentale: » La Réunion Département Français » . Pendant la durée de la manifestation la foule scandera les slogans: Vive le Front Populaire Vive La Réunion Département Français.
L'arrivée au pouvoir à Paris début Mai 1936 de Léon Blum et du Front Populaire a accéléré localement la création de multiples syndicats. En effet depuis 1923 avec la T S F ( suppléant le câble ) l'île est sortie de son « splendide isolement » et se , sinon en phase, tout au moins tenue au courant des évènements mondiaux. Au syndicat des « haleurs de pioche « (13 02 36 ) sont venus s'ajouter celui du personnel du C.P.R. ( 14 04 36 ), des dockers ( 23 06 36 ) et tutti quanti. Le 23 Août 1936 ces syndicats se regroupèrent dans la Fédération Réunionnaise du Travail, qui, au moment de ce défilé comptait 37 syndicats, et dont le Secrétaire Général était précisément Léon de Lépervanche . Ce défilé était la réédition de celui du 11 Novembre 1936 qui avait marqué la naissance du mouvement syndical.
Presque dix ans plus tard, Léon de Lépervanche, devenu député de La Réunion sera le signataire avec Raymond Verges, Aimé Césaire, Gaston Monnerville, de la proposition de loi qui fut votée le 14 Mars 1946 et qui,aboutit à la transformation de la Vieille Colonie en Département
18 Juin 1940 A Saint Denis, angle des rues Jules Auber et La Bourdonnais
Ile est plus de 22 heures: la plupart des réunionnais en général et des dyonisiens en particulier sont dans les bras de Morphée et les rues sont brillamment éclairées. Un petit millier de détenteurs de postes récepteurs et quelques de dizaines de chalands stationnant devant le Jardin Colonial, devant le pylône de T S F ou devant la pharmacie Le Bidan ont écouté le bulletin d'information lu par René Demarne et sont allés se coucher car depuis cinq semaines les nouvelles ne sont guère rassurantes
Après la « drôle de guerre « les Allemands sont passés à l'offensive le 10 Mai 1940 et ont envahi Pays Bas, Belgique et Luxembourg: capitulation le 15 Mai de l'armée hollandaise suivie le 28 Mai de celle de la Belgique. Du 24 Mai au 6 Juin à Dunkerque les Anglais eurent les pires difficultés pour rembarquer à destination des Iles Britanniques.
Depuis le 14 Mai , les Panzerdivisionnen ont fait une percée entre Namur et Sedan, et , après avoir insolemment contourné la ligne Maginot, se sont emparées de Paris, qui avait été déclarée « ville ouverte » pour éviter des destructions inutiles, car personne n'avait oublié les ravages causés par la « grosse Bertha «e »n 1918. Le 14 Juin les Allemands défilent sur les Champs Elysées et le 16 Juin à minuit le Maréchal Pétain, rappelé d e Madrid, où il était ambassadeur auprès de Franco, demande l'armistice qui sera signé à Rethondes le 22 suivant. Entretemps le Général de Gaulle lance de Londres son fameux « Appel à tous les Français »
Nguyen Phuoc Bao Vang, ex Empereur d'Annam, dit Prince Vinh San est devenu, depuis son arrivée en 1917, entre autres qualités, un remarquable sans filiste. Il es devant son puissant récepteur et il est certainement le seul ilien à avoir pu capter la BBC de Londres et avoir entendu en direct l'appel. Les autres l'apprendront le lendemain par MBC, la radio de Maurice, qui sera bientôt baptisée radio anglaise et dont l'écoute sera interdite
Sollicité parle Gouverneur anglais de Maurice, Pierre Aubert réunira un Conseil Privé élargi et décidera de ne pas rallier le Général de Gaulle. Dès lors tous les navires à destination de l'île seront stoppés soit à Suez, soit au Cap ou encore à l' Ile Maurice et ce blocus maritime ne tardera pas à réduire les habitants ;au dénuement et certains même à la famine.
Note: les récepteurs à lampes exigeaient des antennes de plus de 20 mètres de long placées en hauteur et il n'était pas difficile , dans le Saint Denis des années 40 dont seules quelques rares maisons avaient deux étages, pour les gendarmes chargés de la surveillance de repérer les « fraudeurs » éventuels. Pour pouvoir maintenir sa liaison avec Maurice le Prince Vinh San fit installer une antenne dissimulée au sommet de manguiers sis au Butor le poste se trouvant dans une cabane reliée au réseau électrique . La pêche au lancer aux environs du cimetière justifiait ses déplacements;nocturnes.
1941-1942 Les Grandes Peurs de La Libération 
Sitôt les hostilités déclarées, les autorités administratives et militaires se mirent en devoir de préparer l'île à une attaque venant de la mer: dès le 5 Septembre 1939, le maire Raoul Hoareau publie un arrêté gubernatorial signé Court prévoyant un plan d'évacuation de la population dyonisienne. L'année suivante le rationnement des denrées alimentaires entra en vigueur avec tickets .pour pouvoir acheter les produits de base;
A Saint Denis, le « cavalier » d'artillerie avait été rasé en 1937 et avec ses matériaux on avait la darse du barachois devenue inutile et réalisé la grande place, devenue Sarda Garriga, siège d'une magnifique exposition coloniale qui avait ouvert ses portes le 1er Octobre 1938. On aménagea donc sur la grève quelques fortins, on mina quelques ponts dont celui du Butor et la drague du Port qui fut par la suite malencontreusement coulée dans le chenal d'accès et qui ne put être renflouée. Le gouverneur prit ses quartiers à Hell Bourg.
Et on se mit à voir des sous marins allemands ou japonais. L'ordre d'évacuation de la ville fut donné et le rédacteur s'est retrouvé à l'école Saint Gabriel de La Montagne sous la direction de Mère Nathalie. D'autres personnes moins favorisées campaient avec quelques meubles sue le Boulevard de la Providence et dans les hauts de la ville désertifiés par le paludisme endémique. Sur la route de la Montagne des barrages avaient mis tenus par des soldats. Enfin le 28 Novembre 1942 les Français Libres arrivèrent à bord du Léopard et s'emparèrent sans coup férir de la capitale et installèrent le nouveau gouverneur Capagorry, mais l'ancien Aubert, retranché à Hell Bourg ne voulait pas céder la place.
Il y avait réellement quelques sous marins corsaires allemands, dont l'un basé à Juan de Nova et le commandant du Léopard avait conscience que son navire, ancré en rade de Saint Denis, pouvait constituer une magnifique cible. Il se déplaça vers la Pointe des Galets, où une batterie avait été aménagée, mais la portée des canons était trop faible pour atteindre le navire et quelques bordées tirées par celui-ci amenèrent son évacuation;
Pendant que Radio Saint Denis diffusait un ultimatum et une mise en garde à la population avant bombardement de trois usines sucrières . En l'absence de moyens de communication et pendant que les usiniers se rendaient dans le cirque pour supplier Aubert de se rendre et de ne pas faire détruire leur outil de travail, le directeur des Ponts et Chaussées prenait la route de La Montagne pour aller au Port prévenir de cesser toute résistance. Au 15e km Décugis et le capitaine qui l'accompagnait furent arrêtés par le barrage et négligèrent les sommations des militaires. Ceux ci ouvrirent le feu et Decugis fut tué et son enterrement au cimetière des Volontaires eut lieu le lendemain. Entretemps, le rédacteur, qui avait appris la veille les évènements de la nuit en arrivant normalement au Lycée, avait entendu le soir même, l'allocution prononcée par Capagorry sur le perron du Gouvernement
Le premier souci du nouvel administrateur, après le départ du Léopard emmenant son prédécesseur, fut de se préoccuper du ravitaillement et il la population reconnaissante lui décerna le surnom affectueux de « Papa de Riz « . C'est ainsi que la première « queue de tissus » eut lieu le 4 Novembre 1943: au terme d'une station de 12 heures ( 4 h – 16 h ) devant le Magasin Delval le rédacteur rapporta triomphalement 4m de kaki et 4 m de toile bleue pour 2 parents et 6 enfants ( en bas âge )
Retour à la légalité républicaine 
Pendant que les cyclones de 1944, puis de 1945 nous préparaient à celui de 1948, les Alliés débarquaient en Normandie le 6 Juin 1944, puis prenaient pied en Provence. Paris était libérée et le retour à la légalité républicaine provoqua des élection tant municipales que législatives et trois référendums en un an: celui du 28 Octobre 1945 pour abandonner la Constitution de 1875; celui du 5 Mai 1946 aboutit au rejet du projet élaboré par l'Assemblée Constituante et enfin celui du 13 Octobre 1946 qui avalisa ce qui servit de cadre à nos institutions jusqu'en 1958.A Saint Denis et parmi les commères qui venaient de recevoir le droit de voter, certaines se posaient la question: « Qui est ce Monsieur Référendum? On demande de voter pour lui, mais on ne le voit pas ». C'est surtout le premier qui a intrigué; après ce fut la routine.
19 Mars 1946 La Réunion Département Français
La date retenue par l'Histoire pour cet événement capital pour la population n'est pas celle du vote de la loi , mais celle de sa signature portant promulgation par Felix Gouin, président du Gouvernement Provisoire.
Dès le 14 Juin 1945, Albert Darnal déposa sur le bureau de l'Assemblée ;Consultative Provisoire ,une proposition de résolution tendant à la transformation des Quatre Vieilles Colonies en Départements
Le 21 Octobre 1945, le Docteur Raymond Verges ( fondateur du CRADS ( Comité Réunionnais d' Action Démocratique et Sociale et Léon de Lépervanche ( dont on a parlé ci-dessus) sont élus députés de La Réunion et rejoignent Paris par avion (Junker). Le 12 Février 1946, Verges, de Lépervanche et les députés communistes déposent sur le bureau de l' Assemblée Nationale Constituante une proposition de loi tendant au classement comme Département Français de l'Ile de La Réunion
Cette proposition entraine un premier débat le 12 Mars et Aimé Césaire, rapporteur, déclare que c'est l'aboutissement normal d'un processus historique. Léon de Lépervanche affirme que les républicains doivent aller au bout de la logique égalitaire en élevant les quatre vieilles colonies au rang de département, revendication des travailleurs depuis 1936. Gaston Monnerville précise que cette proposition n'est pas « une gloriole irréfléchie « . Le Parti Socialiste et le M.R.P. ( Mouvement Républicain Populaire ) soutiennent le projet. Finalement, dans saséance du 14 Mars 1946, le texte de loi est définitivement rédigé et adopté à l' unanimité par l' Assemblée Constituante à 11 h 50 (du soir).
Un télégramme, envoyé à Paul Picaud, Président du Conseil Général, est ainsi libellé:
Ce soir, 14 Mars 11 h 50 Assemblée Constituante proclame Réunion Département Français StopPrions Conseil Général, Municipalités, Union Départementale et tous syndicats envoi télégramme remerciements Président Assemblée Constituante et fêter cette date historique par grandiose manifestation. Vive La Réunion Verges de Lépervanche
Le lendemain 15 Mars, Paul Picaud adresse au Président de l' Assemblée Constituante le radiogramme suivant: Population enthousiasmée et reconnaissante. Expression ses vifs remerciements. Décision faire de La Réunion département français constitue.
